Splendeurs et misères de l’emprise paternelle

Petit frère du film de boxe, le film de catch met son grand frère knock out avec la performance de The Iron Claw, sorti ce mercredi 23 janvier 2024. Le dernier film marquant sur le catch, The Wrestler (Darren Aronofski, 2008) montrait Mickey Rourke en catcheur en fin de carrière. Avec The Iron Claw, la lutte sur deux générations de la famille Von Erich pour la première place dans le monde du catch met K.O. le spectateur. La stupéfiante épopée viriliste texane se transforme en son contraire : un vibrant chant d’amour interrogeant la performance.

Le titre n’est pas trop explicite pour désigner l’emprise du père, Fritz Von Erich (Holt McCallany) ex-champion de catch ayant raté de peu la ceinture du titre mondial. Enragé par cette « malédiction », il transforme sa famille en écurie à champions et hypnotise ses fils Kevin (extraordinaire Zac Efron), Kerry (Jeremy Allen White), David (Harris Dickinson), Mike (Stanley Simmons) pour qu’ils briguent tour à tour le titre et conservent le monopole familial dans le monde du catch. Comment cet incroyable film de combat parvient-il à nous tenir en haleine durant 132 minutes ?

Scénarisé et réalisé par Sean Durkin, déjà lauréat d’un prix de la mise en scène au Festival du Film de Sundance pour Martha Marcy May Marlene, de la Quinzaine des Réalisateurs pour le court-métrage Mary Last Seen et Grand Prix au Festival de Deauville pour son deuxième long métrage The Nest, le film se place, malgré ou grâce à sa facture classique, parmi les plus talentueux films de sport, dans la lignée de ceux qui laissent longtemps la trace rétinienne des corps athlétiques combattants comme Raging Bull (Martin Scorcese, 1980), Million Dollar Baby (Clint Eastwood, 2004), Ali (Michael Mann, 2001), et la série des Rocky.

« Si The Iron Claw vaut véritablement le détour c’est autant pour de magnifiques combats véhiculant un très fort souffle épique que pour une tragédie familiale bouleversante

Ahurissante performance de Zac Efron

C’est la performance de transformation physique de Zac Efron tout comme son interprétation du catcheur Kevin Von Erich qui est ahurissante. Le corps bodybuildé de l’acteur happe littéralement la caméra et la vedette aux corps plus fluets de ses frères dans le cadre bucolique de la maison familiale ou celui folklorique, des rings de catch. Les combats magnifiquement filmés avec des prises propres à chaque lutteur emportent l’adhésion par la dimension collective des combats, les frères Von Erich combattant ensemble sous la férule du père. C’est d’ailleurs la rudesse de la discipline de fer infligée par Fritz que désigne The Iron Claw, l’étau de fer qui est une prise de son invention. La main avec laquelle il saisissait le crâne de ses adversaires et les serrait jusqu’à l’évanouissement. Si The Iron Claw explore les thèmes de la recherche de la gloire et de son lourd prix, du culte de la masculinité et de la violence américaine, il explore leur toxicité mortelle pour démontrer l’importance de l’amour et de l’acceptation de soi. Ce que la performance de Zac Efron, incarnant un héros à la fois doux et sage dans un corps de titan, incarne parfaitement.

Une vraie tragédie familiale

Inspirée d’une histoire vraie, la mise en scène se penche sur les relations entre les membres d’une même famille, en particulier entre un père et ses fils, et entre frères. Car l’autre trait frappant de ce film de boxe est significativement l’intensité des rapports familiaux. Le réalisateur excelle dans la représentation de relations complexes et vibrantes de fraternité comme de déchirement. En l’occurrence, dans la multiple tragédie familiale qui se veut le reflet de celle du peuple américain et de ses valeurs viriles. La prise de combat éponyme du titre, l’étau de fer, c’est aussi la relation qui immisce le spectateur, quasiment corps à corps, dans ces liens fraternels, ces conflits avec le père, la discipline stricte derrière laquelle la folie guette et se trahit à travers la hantise de la « malédiction » qui rend l’épopée familiale aussi glaçante que bouleversante. Le véritable drame réside peut-être dans la psychologie trouble du père, Jack Barton Adkisson, renommé Fritz Von Erich en hommage à ses origines allemandes et à une idéologie vaguement nazie.

Une plongée dans les années 70-80

Aussi, le rôle des femmes est-il soigneusement délimité, la main de fer de Fritz régnant aussi sur le comportement des femmes, que ce soit la mère (l’excellente Maury Tierney vue dans Urgences) ou la jeune épouse (Lily James, vue dans Pam & Tommy). À la fois complices et victimes de cette ambition démesurée, dont elles assurent la reproduction, elles en sont aussi le vecteur d’émancipation. D’une génération à l’autre, les idées évoluent. Il faut noter enfin la performance réalisée par les équipes des décors, costumes, coiffures et maquillages qui plonge dans l’Amérique vintage des années 70 et 80. Nostalgie garantie jusqu’à la forme du film, rappelant la manufacture des productions des années 80. L’impression de regarder avec tendresse émue de vieux clichés familiaux ou d’un monde à jamais disparu ne nous quitte pas.

Si The Iron Claw vaut véritablement le détour c’est autant pour de magnifiques combats véhiculant un très fort souffle épique que pour une tragédie familiale bouleversante inspirée d’une histoire vraie. Mais c’est aussi autant pour le récit d’une chute et d’une rédemption, que pour la performance d’acteur incroyable de Zac Efron.

Note : 4 / 5

RÉALISATEUR : Todd Haynes
NATIONALITÉ : Américaine
AVEC : Natalie Portman, Julianne Moore, Charles Melton
GENRE : Drame
DURÉE :  1h 57
DISTRIBUTEUR : Arp Selection
SORTIE LE 24 janvier 2024